J’ai assisté mercredi à mon troisième atelier du programme Identités Actives de la FING.

Pour rappel la FING, : Fondation Internet Nouvelle Génération a lancé un programme de 2 ans sur l’identité numérique : www.identitesactives.net

L’individu, stratège de son existence numérique

Profils, traces, avatars, blogs, réseaux sociaux, pseudonymes, etc : la question de l’identité dans les réseaux numériques sera l’un des sujets essentiels des années à venir.
Dépassant le cadre de la sécurité et de la protection de la vie privée, “Identités actives” l’aborde comme un moyen pour les individus de maîtriser leur existence et, pour les organisations, une source d’innovation et de création de valeur.

Voici les 5 points qui sont ressortis du précédent atelier intitulé « Apparaître, paraître, disparaître” :
- L’identité numérique est une technique relationnelle
- Agir sur ses identités est un apprentissage long sans but clairement défini
- Des individus stratèges et “pragmatiques”
- Vers une délégation de la gestion de son identité
- Mieux qualifier la question : “qu’est ce qui change dans une identité numérique ?”

Les interventions commencent avec Sylvie le Bars – Arkandis : une exploratrice du Web 2.0 et de ses usages.

Le postulat posé par Sylvie est de dire que l’identité numérique est construite à partir des traces que l’on laisse et selon les enjeux suivant :
- Liberté
- Amis, réseau social
- Travail (raison pour laquelle on gère son identité numérique)
- Ses passions

On distingue 2 types de traces : les volontaires et involontaires.

Les traces involontaires sont celles que les moteurs de recherches peuvent garder et publier tandis que les traces volontaires sont issues de nos profils publics et du ou des blogs que l’on tient. Sylvie n’est pas quelqu’un d’expansif, elle n’aime pas se dévoiler, elle se qualifierait plutôt de timide. Pour son premier blog elle s’est forcée à publier et uniquement sur des sujets  professionnels, marquant ainsi clairement la limite avec son privée. Aujourd’hui c’est une exploratrice du web : livres, photos, parcours professionnel, passions, envies, humeurs tout y est exposé. Elle s’apprête même à essayer Slifeshare, un service enregistrant l’ensemble des recherches faites sur internet pour les publier sur le site.

L’aspect intéressant dans la démarche qu’elle explique, c’est cette peur de trop en dire, de trop se dévoiler. C’est finalement par les retours positifs des lecteurs, leur regard bienveillant que les craintes s’estompent et la poussent à se dévoiler plus librement, réduisant ainsi la frontière entre privée et professionnel.  Au fur et à mesure des pratiques, des services, elle ouvre ses profils, partage ses passions et ses envies du moment.

Dans ce cas de figure, le dévoilement de soi est plus une question d’éducation que de prédispositions personnelles. C’est la vision bienveillante des autres, une découverte positive d’un service, qui poussent à publier sous son propre nom des informations personnelles.

Plusieurs exemples ont étés donnés :
-       Le blog personnel d’abord sous pseudonyme
-       Babélio : La liste de livres lus, uniquement professionnel privée
-       Twitter : Profil restreint dans un premier temps

La démarche de dévoilement de soi (ou une partie de soi) s’inscrit donc dans une démarche d’évolution de mentalité.

Sylvie a par ailleurs voulu modifier un peu la manière de se souvenir d’événements spécifiques. L’expérience de la relecture d’écrits tel qu’un carnet de voyage n’étant pas concluante, elle utilise chez elle des bocaux où elle entrepose des souvenirs de vacances (pierres, sable, objets etc.). Pour garder une trace des ses activités quotidiennes, elle tient également un cahier où y figure des traces de ses activités du jour. Grâce aux services Web 2.0 elle utilise maintenant les lifelog en y mettant des photos de sa famille par exemple.

La conclusion de sa présentation se résume en une phrase : “Et souvent un inconnu vous offre des fleurs”. Résolument optimiste, elle souhaitait faire passer le message que partager sur Internet est loin d’être une expérience contraignante, dangereuse pour son activité professionnelle ou pour son atteinte à la vie privée. Bien au contraire, ces expériences lui ont ouverts des portes qui lui valent de faire partie des Explorateurs du Web

Le seconde présentation est faite par le célèbre bloggueur : Laurent Gloagen dont on ne présente plus le blog embruns.net

Après une rapide présentation de ses premiers pas sur Internet, Laurent nous dévoile un concentré de ses billet personnels. Noyés dans la masse des plus de 6000 articles, on redécouvre son blog avec un regard différent, d’une manière plus intimiste. Il y dévoile ses humeurs, ses envies, ses passions, et trace ainsi le temps par ses écrits. Repoussant à chaque fois ses limites,  il aime provoquer, choquer et observer la réaction de ses lecteurs. Comme tout bloggeur qui publie depuis longtemps, il a également eu son « bloggo-bluse »,plus envie d’écrire,  il décide d’arrêter son blog. Le voilà alors seul devant l’immensité du web, il n’est plus possible de partager ses découvertes, de donner ses opinions et surtout d’échanger avec ses lecteurs. Ne plus avoir cette interaction constante est presque un manque qui le pousse à reprendre les publications.

Laurent Gloagen se joue de son identité, se montrant à la fois fort et critique, il n’hésite pas à exposer ses faiblesses. Il se met en scène dans le numérique, nous confessant que par ses écrits il n’est pas totalement lui, mais fidèlement embruns.net

Malgré des moments de critiques difficiles, Laurent aura abordé des sujets d’actualité, de manière tranchée, exprimant clairement ses opinions.

L’atelier continue avec deux groupes de travail, l’un sur la mise en scène se soi, l’autre sur l’étude et la critique d’une méthode d’évaluation préparée par Dominique Cardon.

Francis Jaureguiberryn, Directeur du laboratoire SET (Société Environnement Territoire) du CNRS, intervient pour conclure et exprime ses observations durant les deux présentations.

Qu’est ce qui motive à parler de soi ? Les témoignages du jour montrent que c’est souvent sans idées prédéfinies que l’on ouvre un blog personnel, c’est un peu comme un départ à l’aventure.
Ce pan identitaire alors dévoilé rencontre un égo et crée du lien.  La séparation entre intime et public devient floue, y a-t-il encore du sens à faire cette distinction ?
Ce qui frappe également c’est ce besoin croissant des internautes de partager ce qu’ils font. Cela crée de nouveaux univers dans leur vie, en dehors des univers contraints. Si l’on réfléchit à ces nouvelles facettes, à ces nouveaux soi que l’on construit, il y a à la fin une complexité plus grande de la personnalité, mais aussi une richesse plus grande

Le danger réside plus dans le fait de s’enfermer de façon compulsive dans les soi virtuels ou de ne pas rencontrer d’autres sujets qui nous répondent sur notre blog.

Cet atelier a posé une question importante :

Y a-t-il encore du sens à diviser privé et public dans sa vie numérique ?

FING

Identites Actives

Catégorie : Particuliers

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2 commentaires pour “Atelier Identites Actives – Je(u) de soi”

  1. 1
    Laurent Nicolas (Alenty)

    J’aime bien la distinction entre traces volontaires et traces involontaires.
    Les traces volontaires ont l’intérêt de ne pas prêter le flanc à la critique de la confidentialité. Mais elles sont souvent trop rares pour être utilisées avec pertinence (cf les systèmes de votes par exemple).
    Les traces involontaires sont beaucoup plus nombreuses, donc moins biaisées et plus intéressantes. Mais gare à la confidentialité !
    Chez Alenty, on a ajouté la notion de périmètre de l’information.
    Par exemple, dans notre système Who’s Hot, l’identifiant utilisé sur un site n’est pas montré par Who’s Hot sur un autre site. En effet, le périmètre de la trace volontaire (laisser son pseudo) est local à un site, et nous considérons que nous n’avons pas le droit de dévoiler l’identité de quelqu’un qui ne l’a pas accepté…

  2. 2
    Yann Leroux

    Oups, j’allais sur identité actives et voila que mon butineur me ramène ici. Pas grave. Faisons confiance aux hasards numériques. De toute façon je voulais commettre un commentaire

    Moi aussi j’ai été intéressé par cette histoire de trace volontaires et involontaires. D’abord parce que cela nous amène vers un imaginaire du crime, et c’est toujours précieux, l’imaginaire du crime.

    Sur l’identité numérique, je pense que ce qui la spécifie, c’est qu’elle est dynamique. Bien sur, c’est le cas de l’identité tout court, mais sur le réseau, les changements se donnent a voir beaucoup plus facilement. Changez d’avatar, et (si le serveur vous fait grâce) vous voyez votre nouvelle apparence en 5 seconde. La façon même dont cela se passe est importante : upload, puis un moment de suspension ou il se passe quelque chose – magic happens, ai je lu sur un site : c’est tout a fait cela – et vous voila passé de l’autre coté. Pour le dire autrement, le en ligne nous fait percevoir les moments de basculement de notre identité, qu’il s’agisse d’une humeur passagère ou de quelque chose de plus structural

    Toutes ces traces de soi que l’on laisse, volontairement ou pas, sur le réseau sont l’objet d’un travail de pensée. Les traces involontaires sont souvent travaillées sur le versant paranoïde : ce sont des bout de soi que l’autre m’arrache à mon corps défendant; ce sont des traces qui peuvent être relevées par un autre potentiellement malveillant; ce sont des traces qui dessinent une piste qui permettrait de remonter jusqu’à moi. Il y a la quelque chose du mythe du satyre Marsyas…
    Les traces volontaires sont travaillées de la même façon que les traces habituelles. Je pense là a ce que nous apprennent les enfants au cours des psychothérapies. Ces traces là sont a comprendre au regard des caractéristiques particulières des mondes numériques : la surface d’accueil peut toujours accueillir de nouvelles traces; l’effacement ne laisse pas de trace. Et on en revient à l’imaginaire du crime

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